La Biennale de Paris
1981

Martine Doytier, « La Biennale de Paris », 1981, huile sur panneau Isorel, 19 x 23 cm.
Collection Jean Ferrero, Nice. MD27.

En 1981, Martine Doytier s’installe dans son nouvel atelier, mis à sa disposition par la Ville de Nice au cœur d’un bâtiment remarquable appelé L’Abbaye de Roseland, situé sur la colline de Fabron, dans les quartiers ouest de la ville.

Roseland n’a jamais été une abbaye, au XVIIe siècle, c’était seulement une grande propriété rurale appartenant à une famille aristocratique niçoise. Édouard Larcade, grand antiquaire parisien, l’acquiert en 1925 et la transforme profondément en y ajoutant de nombreuses décorations et éléments architecturaux historiques, mais aussi une chapelle et un cloître composé de nombreuses colonnes ornées dont les plus anciennes datent des Ve et VIe siècle.

Dans ce lieu particulièrement suggestif, Martine réalisera plusieurs tableaux de petites dimensions comportant des éléments architecturaux à l’ornementation médiévale ou gothique. Sa première peinture est consacrée à La Biennale de Paris, grande manifestation parisienne créée en 1959 et dont une sélection d’œuvres était régulièrement présentée à Nice dans les galeries d’exposition du bord de mer, la Galerie d’art contemporain des Musées de Nice et la Galerie des Ponchettes, lieux aujourd’hui détruits.

C’est le jury de sélection des artistes de La Biennale que Martine représente sous la forme d’un pastiche de la Cène, peinte par Léonard de Vinci à la fin du XVe siècle pour le réfectoire du Couvent de Santa Maria delle Grazie à Milan. Le paysage que l’on aperçoit au travers de la grande fenêtre centrale renvoie également à la peinture de la Renaissance et à ses campagnes calmes et bucoliques.

Ici, la nappe blanche de la longue table est recouverte de tableaux figuratifs et abstraits, de petites sculptures, de carnets de notes et de catalogues. C’est le Jury de la prochaine Biennale de Paris qui est réuni et qui semble avoir du mal à se mettre d’accord. On se dispute, on s’ennuie, on lève les yeux au ciel. Martine aime à se moquer de ces grands rassemblements d’experts qui décident du sort de l’art. Elle l’a écrit, elle n’a pas une grande considération pour eux et supporte mal les jugements des critiques spécialisés qui imposent leur vision et leurs discours creux et ampoulés.

Elle a pourtant souvent été sélectionnée par ces jurys qu’elle ridiculise : celui de la Fondation de la Vocation à Paris, celui du Prix des Musées de Nice de la Biennale de l’UMAM ou celui du Grand Prix international d’art contemporain de Monte-Carlo. Mais ce sont là les privilèges des artistes : garder leur sens critique aiguisé et ne pas se laisser séduire par les compliments et les honneurs.