Portrait d'enfant
1973

Martine Doytier, « Portrait d’enfant », 1973, huile sur toile, 151 x 122 cm.
Collection Brice Delacquis Doytier, Nice. Inv. MD20

C’est un très grand format de toile que Martine Doytier choisit pour y peindre le portrait d’un tout petit enfant. Certainement pour accentuer le contraste entre l’immensité de l’environnement et la petite taille de son modèle.

Pour peindre sa jungle luxuriante, Martine s’inspire de celles d’Henri Rousseau, comme cela avait déjà été le cas précédemment. Rousseau, dans les dernières années de sa vie, entre 1904 et 1910, et sans voyager plus loin que le Jardin des Plantes de Paris, peignit d’extraordinaires paysages exotiques peuplés d’animaux sauvages aux yeux écarquillés. Mais chez Martine Doytier, pas de combats de tigres et de buffles, pas de cheval attaqué par un jaguar, pas de singes farceurs ou de rêve de Yadwigha charmée par un joueur de flûte.

La jungle de Martine n’est habitée que par un tout petit enfant, tout vêtu de blanc, au léger sourire et au regard calme. Il ne semble nullement impressionné ou effrayé par l’environnement et il y a tout lieu de penser qu’il s’agit de Brice, le fils de Martine qui, en 1973, était âgé de trois ans.

Quant à la jungle, elle est paisible et lumineuse. Seules quelques fleurs rouges ou vertes à clochettes flottent au milieu d’une opulente végétation, aux amples feuilles qui prennent la lumière, aux herbes qui montent haut et aux larges fougères exubérantes. L’humidité de l’air est sensible, le ciel lourd est là pour en témoigner et nulle maison à l’horizon, nulle cheminée fumante ne promet de se réchauffer lorsque la nuit tombera.

Il est difficile de ne pas être inquiet de ce qu’il adviendra alors de ce petit enfant solitaire. Et, soudain, le tableau devient allégorique. Le sens second apparaît et révèle l’inquiétude d’une Martine toute jeune maman qui livre sa préoccupation pour l’enfant qui grandit à ses côtés, dans un monde qu’elle-même a souvent du mal à affronter.

Portrait d’enfant ne dit peut-être pas vraiment son nom. Ce titre neutre montre que l’artiste n’a pas donné la clé de cette œuvre tout emplie d’inquiétude pour l’avenir de son enfant qui, bientôt, va devoir s’affronter à un monde aux règles sauvages.