À la Plage (grasse)
1982

Martine Doytier, « À la Plage (grasse) », 1982, huile sur panneau Isorel, 24 x 19 cm.
Collection Geo et Jean Bouhanna, Nice. Nice. MD42.

Les scènes représentées dans les deux petits tableaux intitulés À la Plage se situent sur la plage de Nice. Elle est facilement reconnaissable à ses gros galets gris et Martine a pris grand soin d’en peindre les multiples tonalités.

Deux femmes en maillot de bain, allongées au soleil sur un matelas à rayures bleues et blanches en sont les sujets. La première est extrêmement maigre et la deuxième est extrêmement grasse et toutes deux sont effrayantes. Martine les a peintes comme auraient pu le faire Otto Dix ou George Grosz, deux grands maîtres de la Nouvelle Objectivité allemande de l’entre-deux-guerres. Leurs œuvres portaient tout le poids de la terrible crise qui submergeait l’Allemagne dans les années vingt, mais, à présent, que peut-il se passer sur la plage de Nice qui suscite l’effroi lisible sur le visage de la femme maigre ? Peut-être est-elle terrifiée par sa propre maigreur et par son corps difforme et squelettique. Quant à la femme grasse aux bajoues qui reposent sur son torse adipeux, son regard sombre ne respire pas la joie et la bonne humeur.

Quelques notes d’humour accompagnent toutefois nos deux dames. La plus maigre est une lectrice du Guide gastronomique Gault et Millau et ses lunettes en forme de cœur nous laissent imaginer ce que doit être ce personnage lorsqu’elle les porte… Sa grosse chienne grise à la peau plissée lui sert de repose-pied et complète le portait de cette créature qui fait frémir…

Quant à la dame grasse, son repas de saucisses et de saucisson à l’ail accompagné d’un pan-bagnat et d’une bouteille de vin rouge voisine avec la revue Elle qui promet de maigrir en trois jours et raconte l’amour au soleil ! Le pot de graisse à traire, produit très à la mode à cette époque pour bronzer rapidement, est un clin d’œil à la corpulence de la dame.

Martine s’amuse. Elle se moque du monde qu’elle aperçoit sur la plage de Nice où les corps sont sans pudeur et où tout peut se dévoiler au prétexte de se sentir en lien avec la nature et le soleil. On comprend que ce n’est pas là un loisir qu’affectionne Martine.