L'Évasion (gravure)
1976

Martine Doytier, « L’Évasion », 1976, gravure en taille-douce à l’eau-forte
sur papier Vélin d’Arches, 64,6 x 50,4 cm.
Collection Jean Ferrero, Nice. MD301.

Pendant l’été 1975, Martine décide de changer radicalement de vie. Elle se sépare de son mari, antiquaire à Nice, confie le quotidien de son petit garçon de cinq ans à ses beaux-parents, quitte sa villa des beaux quartiers de Fabron et loue un minuscule studio situé au 18 rue de l’Abbaye dans le Vieux-Nice.

Aussitôt installée dans sa nouvelle vie, elle achète une grande toile sur châssis et se met à peindre un tableau qu’elle intitule L’Évasion, en référence à sa liberté nouvellement conquise. À ce jour, le tableau n’a pas été retrouvé mais, un après l’avoir peint, en 1976, Martine en réalisa une gravure qui le reproduit fidèlement.

L’Évasion se divise en deux parties très différentes l’une de l’autre. La partie inférieure montre un environnement minéral et austère, circonscrit par les parois d’une falaise abrupte. Une personne, qui semble féminine et pourrait être Martine elle-même, est agenouillée. Sourire aux lèvres, elle débite une grosse pierre en petits blocs parallélépipédiques pour construire un solide escalier en colimaçon. Elle vit dans une caverne et souhaite s’en échapper pour atteindre le niveau supérieur où la vie est plus douce. On y trouve, en effet, une famille qui pique-nique sous un arbre garni de fruits et un village perché éclairé par la lumière d’un beau soleil. Au bord de la falaise, un petit garçon intrigué montre du doigt la travailleuse du niveau inférieur.

L’entreprise à laquelle se livre cette tailleuse de pierre est ardue. Son escalier est à la fois laborieux à ériger et tout particulièrement inadapté au but à atteindre. Pourquoi se donner tant de mal alors qu’il y aurait d’autres moyens plus simples d’escalader cette paroi ?

Martine nous livre une métaphore des voies complexes que l’on emprunte parfois pour atteindre un but qui est pourtant tout proche. Comme, par exemple, sa précédente vie d’épouse dont elle a eu du mal à se défaire.

L’Évasion serait alors le symbole de sa vie nouvelle, dans cette vieille ville de Nice qu’elle découvre et qu’elle aime déjà. La gravure a été réalisée dans l’atelier de Pascal Giraudon, graveur traditionnel installé dans le Vieux-Nice. Avec lui, Martine a appris la technique de la gravure sur cuivre à l’eau-forte et les subtilités de la taille-douce, de ses encres et de ses noirs et blancs.