La Dispute
1974

Martine Doytier, « La Dispute », 1974, huile sur panneau Isorel, 33 x 42 cm.
Collection Dominique Landucci, Carros-Village. MD21.

L’année 1974 sera celle d’importantes évolutions picturales dans la peinture de Martine Doytier et La Dispute en est le témoignage.

Ce tableau a été peint dans le vieux village de Carros qui se trouve à une vingtaine de kilomètres de Nice. Au début des années 70, Carros était encore un village perché de moins de mille habitants, aux vieilles maisons un peu ruinées et regroupées autour de son château. En contrebas, sur la rive droite du Var, depuis la fin des années soixante, construisait le nouveau Carros et sa zone industrielle.

Peu à peu, le vieux village s’était vidé de ses habitants qui préféraient les maisons modernes de la plaine. Les belles maisons de pierre se transformèrent en rustiques ateliers d’artistes, accueillant une population créative et enthousiaste qui appréciait cette vie en communauté.

C’est là que Frédéric Altmann décida, en avril 1974, d’installer sa galerie d’art qui auparavant se trouvait à Flayosc dans le Var. Martine Doytier, qui était l’une des artistes principales de la galerie, participa à l’exposition d’inauguration et devint peu à peu une habituée des lieux. L’esprit de Carros-Village lui plaisait, elle y rencontrait des artistes qu’elle estimait et, surtout, elle y fit la connaissance de Pierrick Spalaïkovitch, un peintre yougoslave de talent dont la technique captivait Martine. Avec lui, elle va beaucoup apprendre et les glacis profonds du ciel de La Dispute en sont la première démonstration.

Le tableau représente une scène de ménage dans laquelle l’épouse trompée et furieuse saisit son mari au collet pendant que sa maîtresse aux yeux écarquillés vient à son secours, bras levés vers le ciel. La scène se passe devant le café-tabac du village et ses propriétaires, Augustin Capel et son épouse, assistent à la scène avec l’air serein de ceux qui n’en sont pas à leur première bagarre. Derrière eux, l’homme à la barbe noire est Pierrick Spalaïkovitch.

A premier plan, on retrouve le petit Brice, le fils de Martine, qui l’accompagnait lors de ses séjours à Carros et qu’elle représente très souvent dans ses tableaux. À côté de lui, le simple d’esprit du village pose un regard désabusé sur toute cette agitation. Dans le lointain, sur la droite et au sommet d’une colline, Martine a représenté le château et le vieux village de Carros. C’est une petite entorse avec la réalité car le café devant lequel se déroule la dispute se trouve au centre du village.

Le tableau étant de petit format, on remarque le soin apporté à peindre les détails de la végétation. Bouquets d’arbres, buissons, feuillages sont traités avec grand soin tout comme les expressions des visages et la lumière du ciel orageux. C’est à ces détails que l’on s’aperçoit que Martine travaille sous le regard critique de Spalaïkovitch.

A Carros-Village, dans ces années-là, tous les artistes fréquentaient le restaurant « Le Relais » tenu par Claudie Charton et ses parents. Martine y déjeunait souvent et, un jour, Claudie lui proposa de payer ses repas en échange de l’un de ses tableaux. C’est ainsi que La Dispute fut offert à Claudie. Quelque cinquante ans plus tard, c’est chez Claudie qu’il a été retrouvé, toujours accroché au mur ! Cette œuvre est à présent au mur de l’atelier de Dominique Landucci, artiste qui vit et travaille à Carros-Village.